La plage au mois d’août un samedi après-midi, quel bon choix ! J’aurais voulu le faire exprès, j’aurais pas
réussi !
Vous allez me dire : « déjà, elle le cherche ! ». Eh bien je vous répondrai qu’environ
2000 personnes ont eu la même idée ! C’est fou, non ?
C’est qu’il doit forcément y avoir quelque chose d’extraordinaire à faire sur la plage à cette heure-ci me
direz-vous… Forcément !
Au lieu de rester tranquillement sur un transat/hamac/canapé/matelas/parquet à faire la sieste/lire/parler/chanter si ça nous amuse en attendant que les esprits se refroidissent. La culture
provençale en quelque sorte ! (Notons que nos ancêtres, s’ils ont inventés la sieste, c’était bien pour une raison : ne pas se prendre la tête avec la chaleur et les touristes
avant 16 heures).
Mais non, il n’y a rien de tout ça. La plupart des gens sont même déjà là à midi, quand le soleil est bien haut,
bien chaud, et qu’il va se faire un plaisir de griller leur douce peau blanche. Et après on viendra nous dire dans de grandes émissions à la télé qu’il ne faut pas s’exposer au soleil. C’est à
n’y rien comprendre !
Mais alors que cherchent-ils ces touristes ? D’accord ils ont loué leur appartement au bord de la mer du
samedi au samedi mais est-ce une raison pour vouloir à tout prix rentabiliser ce séjour en squattant la plage 24 heures sur 24 ? Et encore je ne parle que de la plage, car ça marche aussi
pour la route, les embouteillages de 4x4 polluantes, les batailles pour les créneaux en plein cagnard sous une pluie de klaxons, et autres joies de la voiture.
Restez sur votre terrasse messieurs dames, ou bien allez visiter l’arrière pays avant de venir vous
baignez ! C’est ça aussi les vacances, la détente. C’est pour le bien de tous que je dis ça. Parce que même si les touristes m’impressionnent par leur
acharnement « maritime », je sais qu’au fond d’eux ils grincent aussi des dents et supportent tant bien que mal la cohabitation intimiste avec les autres sur la plage. J’ose
espérer qu’ils sont humains et qu’ils rêvent de se battre de temps en temps avec leurs voisins de serviette ! Sinon, nous ne sommes plus que des robots sans émotion ni cerveau. Sinon, nous
acceptons tout, nous ne râlons pas, nous ne nous battons pas pour faire évoluer les mentalités, nous devenons individualistes à tel point qu’on supporte tout.
A bien y réfléchir ils sont courageux et je les admire pour leur patience et leur force ! Ils ont bien
plus l’habitude que les locaux qui passent leur temps à râler, car eux, ne seront jamais habitués aux « envahisseurs saisonniers ». Notons que les locaux détestent les touristes mais ne
peuvent s’en passer et les attendent avec impatience à partir de chaque mois de mai car leur arrivée est synonyme de vacances et de détente ! Malgré tout…
Mais chaque année j’en vois de toutes les couleurs ! Les gens ont des manies sur la plage plus idiotes les unes
que les autres. En grande observatrice que je suis j’ai remarqué que, malheureusement, ça ne s’arrange pas, ça s’aggrave, et je sais que l’an prochain ça sera pire. Il existe un indicateur
très fiable de l’évolution de notre belle société en été : l’espace entre deux serviettes.
Il y a deux ans par exemple, les gens étaient choqués lorsqu’une serviette « étrangère » à leur groupe s’étalait de tout son tissu à moins de 40 centimètres. L’an dernier on commençait
à râler à 30 centimètres. Aujourd’hui, et j’en ai fait l’expérience, certains n’hésitent plus à venir se coller à 5 pauvres petits centimètres. Si pauvres et si petits que mes amis semblaient
bien plus loin ! C’est fou ! Ils devaient être à 10 centimètres ! A un moment j’ai été perdue, ne sachant plus avec qui j’étais, j’ai eu peur d’avoir été abandonnée, je ne
retrouvais plus les miens. Je laissais aller mon regard apeuré, je tournais la tête et l’idée de me retrouver seule me glaça le dos (bon moyen pour se rafraîchir mais trop d’émotions à
supporter). J’allais bientôt être intégrée à ma nouvelle famille, j’allais bientôt participer à leur conversation, rire à leur blagues, pouvoir mater les plis de leur peau, et sentir leur souffle
sur la mienne.
Mais pourquoi vouloir se rapprocher toujours plus ? La plage n’étant pas extensible je suppose donc qu’il y
a plus de monde chaque année. Et puis avec la crise les gens partent moins loin, ils viennent dans le Sud, et comme ils sont déprimés ils cherchent le réconfort donc le monde donc la
promiscuité.
Il y en a même qui sont si désespérés qu’ils ont inventé le concept de plage « low cost ». Du jamais vu
! D’autant plus que la plage est gratuite, mais comme vous l’ai déjà dit, aujourd’hui il faut rentabiliser chaque action. On rentabilise le séjour sur la plage, on rentabilise aussi notre
« périmètre serviette » sur le sable, le taux de remplissage devant être maximal pour ne pas se faire piquer la place.
Ce concept, que j’ai découvert récemment, et avec grand étonnement est le suivant : il est 14 heures, on est samedi, il fait 33°C, la plage est bondée, le sable nu se fait rare, et un groupe
de touristes arrive. Ils sont dix, 2 enfants, 3 ados, 5 adultes. Je suis tranquillement allongée sur ma serviette. A ma droite il y a les « miens », mes amis. Sur ma gauche il y a du
sable nu, dans lequel chaque grain angoisse à l’idée de se faire recouvrir. Mais comme il n’y a qu’un mètre cinquante qui me sépare de mon voisin lointain théoriquement personne ne devrait venir
y poser sa serviette. Mais les grains ont senti l’arnaque venir ! Le groupe de dix décide de s’installer là ! Malheur !
Ils étalent deux serviettes qui se touchent et prennent soin de laisser tout de même cinq centimètres entre leurs
serviettes et la mienne. Quelle délicatesse ! Une folle question me traverse alors l’esprit : comment vont-ils faire ? S’empiler les uns sur les autres ?
Mais, suis-je bête ! Ils ont tout prévu (des habitués sans doute) ! L’astuce consiste à étaler
deux corps sur les serviettes pendant que huit autres se baignent ! Se met ainsi en place un processus de rotation : les deux qui grillent au soleil, quand ils n’en peuvent plus, vont
se refroidir dans l’eau en rejoignant les six autres qui restent, sachant que deux sont déjà rentrés sur les serviettes pour se sécher et ainsi de suite ! Quelle simplicité ! Fallait y
penser ! Et peut-être même déposer un brevet pour cette trouvaille, car bon nombre de personnes risquent de la piquer !
Notons tout de même qu’il n’est pas souhaitable que tout le monde fasse ça car il y aurait alors cinq fois plus de personnes dans l’eau ! Le problème serait déplacé dans la mer et l’an prochain j’écris un article sur les gens qui viendront nous coller entre les vagues !
Provence, je t’aime malgré tout !
C.I





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