C'est l'odeur du maquillage qui est la plus forte. Elle se mêle à celles du vieux bois, du tissu poussiéreux et de
la sueur.
Il fait chaud. L'air est humide, étouffant. Les plafonds sont bas, le couloir étroit. Et la lumière de vieilles ampoules rend l'atmosphère lugubre.
Pourtant, c'est un sentiment de joie qui domine les allées et venues. On se bouscule, on crie, on s'entraide, on se rassure. Mais chaque mouvement est calculé, chaque minute comptée.
Bientôt, ce n'est qu'une farandole de tissus dans un même piétinement.
La tension est palpable.
Il est curieux et les autres l'envoient guetter. Tout excité, il court dans l'escalier de bois et avance jusqu'au grand rideau. Du pouce et de l'index il écarte délicatement le tissu et glisse un
oeil discret.
Il y a du monde.
Mais très vite il redescend dans la petite pièce rassurante.
Les visages des autres l'interrogent et après un sourire de soulagement les traits se tirent.
L'angoisse monte. Le moment est venu.
C'est lui qui commence.
Concentré, il emprunte à nouveau l'escalier qui craque sous ses pas hésitants et se place derrière le petit rideau. Face à lui, côté jardin, les autres l'encouragent mais il n'y prête pas
attention.
Et déjà les trois coups retentissent. Leur écho résonne jusque dans son ventre. Puis la musique baisse à mesure que le grand rideau s'ouvre. Cette musique. La même chaque soir. Une mélodie gravée
en lui qui pince son cœur à chaque écoute.
Le silence inonde la salle. Il reste concentré.
Son personnage le transforme. Il est un autre.
Une petite boule monte lentement dans sa gorge, son souffle se coupe, son coeur s'emballe, les projecteurs s'allument.
La scène l'attend.
C.I





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