Mercredi 18 février 2009 3 18 /02 /Fév /2009 18:08

Le train file vers le Sud.
Le soleil se couche sur le Rhône.
Les rayons cognent contre la vitre.
La lumière du wagon est d'or.

Il est assis devant moi. Son visage tourné vers le couloir, je ne vois que ses yeux.
Il ne bouge pas mais il m'inspire.

J'écris ces quelques lignes. Les autres sont autour.
Les regards ne cessent de se croiser, glissent sur ma feuille.
Peu importe, j'écris.

J'écris sur lui mais il vient brusquement de partir.
J'écris sur la petite fille aux boucles dorées qui gesticule entre les sièges.
Sur la maman qui essaie désespérément de trouver le sommeil.
Sur la dame plongée dans un passionnant magasine people.

Et puis sur l'adolescente qui écoute de la musique. Trop fort. Tellement fort qu'elle doit crier pour parler à sa grand-mère. Jusqu'au moment où son téléphone sonne et qu'elle a la bonne idée de décrocher. Pour le bonheur de tous !

Le train file vers Avignon, le Sud approche, la chaleur se fait ressentir.

Je pense au jeune homme qui n'est toujours pas revenu. S'il savait que je suis en train d'écrire sur lui et que je l'attend avec impatience, je me demande bien comment il réagirai.

Mais chut ! Le revoilà.

Je vais enfin pouvoir admirer son visage.

Nos regards se croisent, mais c'est juste parce que je le fixe, et juste pour écrire. Pas d'inquiétude, je n'oserai jamais l'aborder. Il restera un inconnu sur lequel j'ai osé dessiner des lettres, former des mots. Je me souviendrai de son sourire et de la couleur de ses yeux.

Le train file. Les rayons dorent les peaux.
La petite fille s'est calmée, l'adolescente s'endort et la maman se réveille.

Je pose ma tête contre la vitre et observe le défilé du paysage. Tout est calme, et pourtant tout va si vite.

Je rêvasse. Lumière intense et douce chaleur. Fin de semaine agréable.

Un tunnel et tout devient noir. La vitre devient miroir.
J'aperçois mon reflet. Retour à la réalité.
Ce matin j'aurais dû me maquiller. Le garçon m'aurait peut-être vraiment regardée.
Je sais, c'est idiot de penser ça. Je vais continuer à écrire, ça m'évitera de dire n'importe quoi.

Le paysage réaparrait et le soleil vient de se coucher.

La nuit est tombée.
Tout le monde s'agite.
Je range mon stylo.
Marseille est là.

 

C.I

Publié dans : Instants de vie
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